Interview Jean Paul Le Calloch

 

Les Forges d’Hennebont


                                                         Jean-Paul Le Calloch



« Pouvez-vousdécrire votre expérience aux Forges ? »

« Je suis rentré aux forges au mois d’aout 1961 à l’école d’apprentissage qui était une école privée où nous étions douze par promotion.10 d’enfants des forges et 2 externes. Toutes les promotions étaient comme ça. Je faisais partie des deux externes, mon père travaillant à l’arsenal deLorient. Entre 1961 et juillet 1964 j’étais en apprentissage en formation d’ajusteur. Le lendemain de ma sortie je commençais comme ouvrier aux Forges d’Hennebont. Lelendemain de mes 18 ans, le 4 aout 1964, je commençais ce qu’ils appelaient les « quatre – huit : le matin, l’après midi, la nuit, repos ».C’est un cycle comme ça 7 jours sur 7. Alors moi, quand mes copains allaient au bal le samedi soir moi j’allais une fois sur deux, soit le samedi soit ledimanche à l’usine. Voilà comment ça a démarré. » 

« Ensuite je suis parti au service militaire en septembre 1965 pour revenir le 15 décembre 1966 et bien avant que je ne parte on sentait déjà lesprémisses de la fermeture des Forges. Il y a eu de très grandes manifestations, quand j’étais à l’école d’apprentissage. On passait rue du Meunier par lapasserelle pour aller à l’école d’apprentissage et les ouvriers avaient bloqué tous les accès. Les seuls accès des CRS c’était par les passerelles. C’est la premièregrève que j’ai vécu, enfin que j’ai suivi dans la mesure où à l’école d’apprentissage il était hors de question qu’on s’immisce dans un conflit.Quand je suis revenu en décembre 1966 je savais que les Forges étaient fermées mais on m’avait prévenu qu’il y avait une agence de la NPE qui était à l’entréedes Forges dans une baraque mobile. C’est là qu’on nous a dirigés vers la SBFM. J’ai été convoqué le 2.01.1963 pour passer mon essai. J’avais 19 ans et j’aicommencé le 10 de la même année. J’y suis resté jusqu’en 2001. J’ai donc vécu la transition mais ayant vu la situation des ouvriers des Forges avant departir, j’ai milité par la suite 30 ans à la CGT à la SBFM pour défendre les intérêts des ouvriers car la SBFM connaissait  les mêmes problèmes que les Forges, c'est-à-dire un recrutementexponentiel jusque dans les années 1980 avec ensuite la mécanisation, l’automatisation et après une chute d’effectifs. »

« Aux Forges, je travaillais sur le secteur dit d’Hennebont. J’étais chef de poste, on était dans une petite cabane à attendre les pannes, etquand il y avait des pannes il fallait vite réagir. Le métier rentrait très vite, car dans la semaine on était avec d’autres équipiers. Quand je voyais leslamineurs travailler sur les laminoirs à chaud c’était impressionnant. Les laminoirs à froid, il y avait moins de chaleur même si c’était plus salissantavec l’huile qui était mélangé aux lubrifiants pour  amincir la tôle, mais les laminoirs à chaud… On n’avait pas le droit de porter des chaussures, on était en poste avec dessabots à semelles et je suis allé sur les plateformes et d’un seul coup vous étiez sur le bois tellement il faisait chaud. C’était chauffé à 1200°C. »

« Lorsque vous travailliez aux forges vous saviez que c’était sur le point defermer ? »

« Oui, déjà la grande lutte de 1962 était une prémisse, c’était déjà bien engagé, on avait dit « c’est la fermeture des forges ». Ona imposé à Renault, parce que la SBFM c’était des capitaux 100% Renault, même si ça s’appelait pas Renault, de créer la SBFM pour pallier à la fermeture desForges. En 1966 – 1967, nous étions 450 salariés pour monter jusqu’à 1591 fin 1981. Maintenant ils sont à l’effectif de départ 450 plus une centaine intérimaires. »

 

« Pouvez-vous parler de l’influence des Forges sur la ville d’Hennebont ? »

« Les forges ont eu une influence énorme sur la ville. En particulier toutes les constructions ouvrières. La plus grosse étant Langroisequ’on appelait la cité des Forges. Pendant un de mes mandants d’élu on a renommé toutes les rues de la cité avec des noms liés aux Forges. Maintenant,des anciens des Forges à la cité des Forges il n’y en a plus beaucoup. Naturellement, aujourd’hui il ne reste plus grand-chose. »

« Du côté économique, c’était aussi énorme. Les salariés des Forges avaient des syndicats très forts. Ils se sont toujours battus pour avoir dessalaires décents. Je pense qu’à l’époque les salaires passaient  avant les conditions de travail, celles-ci sont venues par la suite. Le jour de paye, pour revenir sur Hennebont il yavait beaucoup de cafés qui faisaient leur chiffre d’affaire ce jour-ci. Entre la sortie des Forges et le centre d’Hennebont, il devait y avoir unequarantaine de bistrots. On avait des salaires intéressants  par rapport aux autres. J’avais près de trois fois le salaire de certains de mes amis qui ne travaillaient pas aux Forges. 40à 50% des effectifs des Forges étaient Hennebontais, certains venaient par les chemins de traverse, d’autres venaient de Languidic,  à pied au dessus des carrières de Polvern. Certains ne sont jamais arrivés au travail ou rentré à la maison. J’habitais àGrimau, sur la rive droite. Je faisais la route en vélo au départ, avant de pouvoir me permettre d’acheter un scooter. » 

« Les Forges furent un véritable levier économique, mais pas seulement. L’activité humaine fût aussi très influencée. Surtout la solidarité.Dès qu’il y avait un drame, tout de suite la solidarité entre ouvriers était là. C’était très fort. Les Forges étaient une entité tellement forte sur toutle canton, pas seulement à Hennebont! C’était la seule grosse usine sur le secteur. Il y avait plusieurs syndicats : la CGT, le FO et la CFTC, dontune partie à former la CFDT en 1968. Dès qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, tous les salariés se manifestaient, soutenus par les habitants.Mais il fallait voir comment ça travaillait… Les propriétaires des forges ont fait une fortune avec les Forges d’Hennebont. A tel point que les ciragesfrançais, quand les Forges ont fermé, ont  démonté un chantier de laminoir à froid pour le transporter au Portugal. Rien ne se perdait. Le capitalisme de l’époquec’était ça. »

« Tout le monde s’est  rendu compte de l’impact économique énorme. Lors des manifestations contre lafermeture, les ouvriers, les politiques, les agriculteurs, les commerçants, toutes les corporations étaient présentes. Personne n’avait envie de voir lesForges fermer. La fermeture a eu une incidence terrible sur la vie économique de la ville, mais aussi au delà. Le temps que la SBFM se mette en place, monteen effectifs, etc. »

   

 

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